Cloverfield : « J’ai d’abord cru que c’était un film! » Analyse part.1
26 février, 2008 @ 12:46 Pour Cut la revue

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Ce jour là, New York, encore insouciante, s’éveillait d’une journée ensoleillée. Le soir même, un monstre de la taille d’un building, allait semer la mort et la destruction au sein de cette ville qui, une fois de plus est coutume, allait passer une nuit bien agitée. Plus tard, un témoignage vidéo de l’évènement allait être retrouvé au milieu de ce nouveau ground zero. C’est en cette bande vidéo témoin que s’ incarne le film Cloverfield.

Un récit à la première caméra

La prophétie d’ Andy Warhol se vérifie par un quart d’heure de célébrité tous les millièmes de secondes sur Youtube ou Dailymotion. On le sait, la démocratisation des caméscopes et nouvelles technologies de l’information par la suite, a fait exploser le nombre de documents amateurs sur le net et aux news du 20h. En utilisant de manière poussée ces nouveaux produits de communication vidéo, d’abord dans Cannibal Holocaust puis dans Le Projet Blair Witch et Cloverfield, le septième art a trouvé en ce phénomène, une nouvelle esthétique et une peinture plus intense du réel. Le réalisateur s’efface, du moins en apparence, pour laisser « parler la réalité » de la vidéo amatrice. Contrairement au cinéma habituel, le film projeté n’est pas tiré ici de l’enregistrement d’un objectif invisible aux personnages de l’histoire mais d’une caméra tenue par ces derniers. Ni omniscient, ni à la première personne, le récit s’expose à la première caméra. Le spectateur tutoie réellement la fiction puisque là, devant ses yeux, s’exhibe la bande vidéo, témoin « réel » d’ évènements fictifs. Ainsi, le cinéma à la première caméra se transmute en théâtre dans lequel cette vidéo, à la fois narratrice et protagoniste, tient son monologue devant l’audience.

l’ Apocalypse selon Iphone

Pour autant, ce réalisme poussé à l’extrême au point de l’immiscer dans notre réalité, ne signifie pas que le maniérisme et l’esthétique sont absents de la mise en scène de Matt Reeves. L’illusion ne peut se faire que si le réalisateur travaille chacun des détails de la mise en scène. Ainsi, dans Cloverfield, au concept de récit à la première caméra s‘ ajoute une esthétique travaillée et calquée sur l’iconographie du réel, principalement sur celle du modèle grandeur nature que furent les évènements du 11 septembre 2001 : New York, l’écroulement de grattes ciels, la poussière, les papiers volants, les alarmes de voitures, les rescapés hagards couverts de cendres grisâtres après le passage du monstre et bien sûr, la profusion des témoins s’empressant d’enregistrer les évènements sur smartphone ou caméra DV. Dans cette diablerie de jugement dernier, Saint Jean se voit détrôner par les Apple Iphone et Sony Handycam capturant les visions du mythe devenu réalité de la Bête dévastatrice.

Au vingt et unième siècle, fiction et réalité paraissent tenter des incursions épisodiques chacune sur le territoire de l’autre. Cloverfield parvient à être aussi (in)vraisemblable que ce à quoi nous avons assisté lors des attaques du World Trade Center déconcertant et galvanisant à l’extrême notre catharsis. Ainsi, au sortir de la salle obscure projetant le film, le spectateur abasourdi par ce que Stendhal nommait « l’ illusion complète », s’exclamera par un sincère mais confus « Bordel, au début je croyais que c’était un film! » .

Julien Bartoletti, pour Cut La Revue

LE SITE DU FILM CLOVERFIELD

-julienbartoletti
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