Critique du coffret Mai 68 de MK2
3 mai, 2008 @ 2:21 Pour Cut la revue

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Voici le dernier article pour CUT la Revue (avril 2008), rédaction en 48h

 

En 1968, loin des « CRS SS ! » du boulevard Saint Michel, sort sur les écrans Le Gendarme se marie, premier d’une longue lignée populacière qui, replacé dans son contexte, symbolise bien le cinéma réactionnaire de l’époque. A partir de 1970, face à cette vague, émerge un cinéma militant qui n’hésite pas de son côté, à écarteler tout ce qui est considéré comme faisant partie d’un corps constitué (flics, bourgeois ou même français au camping).

Il est cependant difficile, contrairement au cinéma réac’, de cerner l’idéologie du cinéma engagé. Certes, Mai 68 y joue un rôle prépondérant mais le genre s’apparente avant tout à un vivier d’idées, bonnes et mauvaise, naïves et pragmatiques,plutôt qu’à un courant monolithique. L’intérêt du coffret de MK2 est qu’il se place sur trois axes reflétant trois conceptions de la révolution. Coup pour coup, de Marin Karmitz, retrace la séquestration d’un directeur d’usine par des travailleuses excédées. La conception ouvrière de la révolution se base, dans le film, sur une solidarité prolétarienne fragile mais efficace où l’accent ch’ti n’est pas encore le reflet d’une bande de joyeux lurons mais bien la résonance de la révolte et de la lutte des classes. Aussi, pour quelqu’un qui n’a pas vécu cette période, l’étonnement sera grand à la découverte de ce monde ouvrier tellement vif et incrédule comme on peut le voir dans le documentaire bonus sur le conflit LIP de 1974. Autre point de vue, L’an 01 de Jacques Doillon narre le phantasme d’une démobilisation générale décidée spontanément par l’ensemble de la population. C’est ici la conception utopiste et pacifiste qui est illustrée et dans laquelle uriner à côté de l’arbre est déjà un premier pas vers la révolution. Enfin, la conception violente est exposée sur un ton aigri et désillusionné dans Mourir à 30 ans (Romain Goupil) dont le militantisme s’apparente plus à un militarisme. Il confirmera d’ailleurs son approche trente cinq ans plus tard en soutenant l’intervention militaire US en Irak.

Car aujourd’hui le temps du désenchantement est bien ancré. Le succès de Bienvenue chez les Ch’tis ou de Camping semble symboliser la réhabilitation des Dupont Lajoie tandis que les ouvriers applaudissent Sarko des deux mains et s’ébahissent devant Jean-Pierre Pernaut. Ainsi,dans cette ambiance néo-réactionnaire, au moins deux films du coffret sont comme un bol d’air même s’il faut bien l’avouer, il est biscornu de voir du cinéma d’anti-consommation vendu dans un packaging édulcoré.

 

Julien Bartoletti, pour Cut la Revue

-julienbartoletti
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